Eau
Véritable château d’eau naturel, en raison de sa géologie calcaire et de précipitations abondantes, le massif de Chartreuse est drainé par de nombreux cours d’eau qui ont permis le développement, au cours des siècles, de multiples activités artisanales, puis industrielles. Alors que lavoirs et moulins à farine sont aménagés aux abords des rivières, des ponts sont construits pour les franchir, à l’image du « pont romain » de l’Échaillon, sur le Guiers Vif, ou de ceux édifiés sur le Guiers Mort lors de la construction de la route de Saint-Laurent-du-Pont à Saint-Pierre-de-Chartreuse desservant le monastère de la Grande-Chartreuse. L’énergie hydraulique, la seule énergie disponible jusqu’à la fin du XIXe, est exploitée dès le Moyen Âge, notamment pour l’activité métallurgique. Des martinets (ateliers de forge) et des hauts-fourneaux sont bâtis au bord des rivières, certains exploités très tôt par les chartreux. Le site de Fourvoirie, abandonné au début du XXe siècle, est un site métallurgique majeur du massif. Au XIXe siècle, de nouvelles industries utilisant l’énergie hydraulique se développent et de nombreuses usines sont implantées le long du Guiers : papeterie, métallurgie, hydroélectricité... Les vertus naturelles de l’eau seront également valorisées et exploitées à la fin du XIXe siècle grâce au thermalisme, développé notamment à La Bauche.
Au XIIe siècle, la rivalité grandissante entre les comtes de Savoie et les seigneurs du Dauphiné voit se renforcer les châteaux et maisons fortes destinés à assurer la surveillance et le contrôle du Grésivaudan et de la frontière encore incertaine entre les deux États. Le nombre de ces édifices dans le Grésivaudan est estimé à une centaine, ce qui lui vaut le nom de « vallée aux cent châteaux ». A la veille de la guerre franco-savoyarde, le duc de Savoie fera ériger à Barraux en 1597 l’une des premières fortifications bastionnées de France : le fort Saint-Barthélémy, qui deviendra plus tard Fort Barraux. Une architecture en étoile dont s’inspireront plus tard Vauban ou Haxo, qui fera construire au XIXe siècle le fort de la Bastille à Grenoble. Le système défensif de Grenoble sera complété entre 1870 et 1880 par un dispositif de forts séparés à feux croisés, dont le plus spectaculaire vestige demeure le Saint-Eynard, aujourd’hui réhabilité et ouvert au public. Revisitez l’histoire des sites fortifiés du Grésivaudan.
Châteaux, bornes frontières et postes de douane témoignent, tout au long de l’actuelle limite entre les départements de l’Isère et de la Savoie, des conflits territoriaux entre la Savoie et le Dauphiné, depuis le XIIe siècle jusqu’au XIXe siècle. Après le « transport » du Dauphiné au sein du royaume de France, le 16 juillet 1349, le traité de Paris fixe en l’an 1355 la frontière entre les deux États, sur le cours du Guiers, sans toutefois préciser laquelle des deux branches, Guiers Vif ou Guiers Mort, est concernée. Il faudra attendre 1760 et le traité de Turin pour que cette frontière soit déterminée plus précisément sur le Guiers Vif. À l’image du village de Saint-Pierre d’Entremont, toujours constitué de deux communes séparées par le Guiers Vif, l’une côté Savoie, l’autre côté Isère, les villages situés entre les deux Guiers jouèrent jusqu’à la fin du XVIIIe siècle de ce flou artistique. Le trafic du sel, du tabac et des tissus coloniaux culmineront après l’occupation espagnole de la Savoie (1742-1749), qui avait laissé le pays exsangue. La contrebande, symbolisée par les spectaculaires campagnes de Mandrin (1754-1755), ne cessera définitivement qu’avec le rattachement de la Savoie à la France, en 1860.
Des premiers siècles du christianisme jusqu’aux réalisations contemporaines du XXe siècle, les édifices religieux de Chartreuse font preuve d’une étonnante diversité. Certains édifices ont conservé des vestiges de l’époque romane, à l’image de la discrète crypte de l’église de Saint-Sixte. Avec l’installation de saint Bruno et ses six compagnons dans le « désert » de Chartreuse, en 1084, le massif acquiert une dimension religieuse majeure. Au cours de l’histoire, les chartreux ont laissé une empreinte dont on retrouve les traces au fil des sentiers, des routes et des villages du massif : oratoires, chapelles, monastères, églises… Cette ferveur religieuse s’est perpétuée à travers les siècles, avec notamment la reconstruction au XIXe siècle de nombreuses églises intégrant les innovations techniques (utilisation du ciment moulé puis du béton armé au début du XXe siècle). Partez à la découverte de cette histoire religieuse millénaire !