Retours, disparition, réintroduction Le Parc acteur de la biodiversité en Chartreuse

La biodiversité d’un territoire n’est pas figée. Les espèces viennent, disparaissent, s’adaptent ou reviennent. Mais plus elle est diverse, plus elle est riche. C’est au Parc que revient la mission d’en assurer la pérennité, à l’heure où elle n’a peut-être jamais été autant malmenée. Urbanisation, fréquentation et contexte climatique sont les grands enjeux des années à venir.

On s’en doutait, c’est confirmé. Le lièvre blanc ou « variable » a disparu de la Chartreuse. Des ossements ont montré qu’il y avait résidé. L’explication, comme souvent, est multifactorielle : prélèvements par la chasse, croisement avec des lièvres bruns etc. Et si la neige venait à manquer, le lièvre blanc, qui s’y camoufle pendant l’hiver, pourrait ne pas refaire surface de sitôt. Chemin faisant, la loutre, absente depuis près d’un siècle, remonte le Rhône et pourrait bientôt réinvestir les cours d’eau du massif. La loutre bénéficie d’efforts entrepris au niveau national pour améliorer la qualité et la continuité des cours d’eau.

Suivre et gérer les espèces

Parfois, la nature peut apprécier un coup de pouce. Le bouquetin a fait l’objet d’une importante campagne de réintroduction en 2010 et 2011. Trente animaux, prélevés dans le massif de Belledonne et le Parc national de la Vanoise, ont été relâchés. Le suivi effectué annuellement témoigne d’une relative bonne reproduction de l’animal, temporisée par une forte mortalité naturelle (chutes de falaises, avalanches, foudre, etc). Ils sont aujourd’hui une cinquantaine d’individus. Toute réintroduction d’espèce fait l’objet de mûres réflexions au niveau local et doit entrer dans le cadre d’une stratégie nationale.

Le Parc s’engage

Chaque année, le Parc rend des comptes à l’Etat ou à l’Europe sur les moyens mis en œuvre pour préserver la biodiversité de ses sites classés dont il a la gestion comme le Charmant Som ou la tourbière de l’Herretang (Natura 2000) ou encore les Hauts de Chartreuse, qui abrite l’unique Réserve naturelle du massif où la réglementation s’apparente à celle du cœur d’un parc national. Réservoirs de biodiversité, ces sites tentent de rendre compatibles les activités humaines comme l’élevage, l’exploitation forestière ou la randonnée avec la préservation des espèces et des espaces. Sur le reste de son territoire, situé entre 250 et plus de 2000 mètres d’altitude et constitué pour un tiers de forêts, le Parc décline ses actions dans le cadre d’une charte établie tous les 12 ans, bientôt 15. La connaissance et le suivi des espèces faunistiques, floristiques et de son patrimoine géologique, sont des volets phares de son action.

La conservation du tétras-lyre a fait l’objet de nombreuses concertations avec les usagers du territoire. Sa préservation est d’autant plus importante que son habitat, très diversifié, abrite de nombreuses autres espèces. Cette année, le Parc s’intéresse plus particulièrement aux chauves-souris, pour mieux comprendre leurs comportements et habitudes de reproduction. Et il va conduire une étude génétique sur l’Apollon, un papillon d’altitude considéré comme espèce »quasi menacée ». Le Parc réalise aussi un suivi scientifique de la Vulnéraire des Chartreux avec le Conservatoire botanique national alpin. A l’échelle des Alpes, cette plante n’est présente qu’en Chartreuse, ce qui oblige à lui porter une attention toute particulière. Très convoitée, sa cueillette est aujourd’hui réglementée en Isère par un arrêté préfectoral.

Former et informer

Des actions de formation sont mises en place pour diffuser la connaissance des espèces et les bonnes pratiques. Le Parc a formé des employés municipaux à l’entretien des bords de route, proposant des alternatives aux pesticides dans la lutte contre des espèces invasives comme la Renouée du Japon. Des formations sont aussi proposées aux éleveurs depuis que le loup a refait des incursions sans pour autant s’installer : reconnaissance des traces, élevage et utilisation des chiens de protection, mise en place des clôtures, information sur la réglementation.

En matière de grands prédateurs, la Chartreuse abrite aussi le lynx venu du Jura, animal très discret, peu présent ailleurs dans les Alpes. Autre félin, plus petit mais tout aussi sauvage, le chat forestier a récemment réinvesti le massif. Avec le lynx, il est un indicateur majeur des continuités forestières, la Chartreuse constituant un secteur clé entre le chaînon jurassien et les Préalpes du sud.

 

La biodiversité du massif est riche, mais les pressions sont fortes.  Proche de plusieurs grosses agglomérations et donc d’un important potentiel de fréquentation, la Chartreuse doit relever le défi de préserver ses espaces naturels et ses espèces tout en permettant à chacun de venir s’y ressourcer.