Fruits et légumes oubliés de Chartreuse

Comment choisissez-vous vos légumes et fruits ? Qu’est-ce que, pour vous, une variété locale ? En avez-vous dans votre potager, si vous en avez un ? En consommeriez-vous? Quel type de fruits, légumes, céréales d’origine locale souhaiteriez vous trouver sur votre marché local, votre restaurateur, à la cantine scolaire… ? Ou à cultiver dans votre jardin ? Pourquoi ?

Le Parc de Chartreuse et l’Association des Agriculteurs de Chartreuse ont lancé une étude unique et un plan de valorisations innovant sur la biodiversité cultivée en Chartreuse.
Ce travail est conduit par une équipe de scientifiques du Centre de Ressources de Botanique Appliquée et l’association Jardins du Monde Montagnes.

Après de multiples recherches documentaires et de nombreuses enquêtes menées auprès de particuliers, un premier bilan et des pistes de valorisation autour des semenses de fruits et légumes oubliés ont été présentés. Les résultats des études et enquêtes menés sont prometteurs ! 83 variétés locales sont originaires du massif de la Chartreuse ou des environs proches. Près de 10 variétés de maïs, 20 variétés de noyers et 4 variétés de pomme de terre ont été par exemple retrouvées : Maïs de Crolles, Vigne « Sérène de Voreppe », Noyer « Meylannaise », blé « Mottin rouge », poirier « Louve »…

Le Parc naturel régional de Chartreuse a lancé il y un an une opération scientifique participative et innovante autour des semences de fruits et légumes oubliés en partenariat avec le CRBA (Centre de Recherche de Botanique Appliquée) et l’association Jardins du Monde Montagne. Cette initiative constitue un programme unique en France à l’échelle d’un Parc. Il s’agit de se réapproprier un patrimoine oublié et le réinvestir dans une économie alimentaire locale pour le futur.

L’image de la Chartreuse entourée d’épaisses forêts sombres et permanentes est ici un peu écornée ! Le massif de la Chartreuse est présenté, dans de nombreux ouvrages, comme un milieu possédant une grande diversité de productions agricoles. Au 19ème siècle notamment, les photographies et cartes postales anciennes montrent partout les champs, les vergers, les jardins potagers. Dans les zones les plus proches des villes, on dénombre des pépinières importantes et de nombreux parcs et jardins. L’agriculture, puis l’horticulture ont ainsi connu un important développement en Chartreuse au grè des peuplements humains et de l’influence des diverses communautés, d’origine religieuse ou laïque.

Des « pépites » dans les archives !

Les résultats issus des recherches bibliographiques qui viennent d’être conduites sont exceptionnellement riches. Voici quelques chiffres :

Les 133 espèces documentées recouvrent 562 variétés (dont 179 variétés d’origine régionale). La vigne est très représentée avec 121 variétés! Viennent ensuite, la pomme de terre (75 variétés), le blé (65 variétés), le poirier (50 variétés), le pommier (28 variétés), le maïs (21 variétés), le noyer (21 variétés), le rosier (19 variétés), le haricot (16 variétés), l’avoine (21 variétés), le pêcher (12 variétés), le cerisier (11 variétés) et la betterave (10 variétés), …

81 variétés locales sont originaires du massif de la Chartreuse ou des environs proches. Près de 10 variétés de maïs, 20 variétés de noyers et 4 variétés de pomme de terre ont été par exemple retrouvées : Maïs de Crolles, Vigne « Sérène de Voreppe », Noyer « Meylannaise », blé « Mottin rouge », poirier « Louve »…

Le détail : abricotier (1), ail (1), blé (6), cerisier (5), courge (5), géranium (1), maïs (10), noyer (20), pastèque (1), pêcher (2), poirier (2), pommes de terre (4), pommier (1), ray-grass (1), seigle (1), vigne (16)

 

Un peu d’histoire …

L’étude documentaire permet le recensement des variétés jadis cultivées mais aussi la reconstitution progressive de l’histoire des techniques locales et des savoir faire.

Stéphane CROZAT, Directeur du CRBA, qui a mené ces travaux apporte ces précisions :

« Vers la fin du 19ème siècle, avec l’aide du journal Le Sud-Est, les maires des communes, les instituteurs, mais aussi les religieux sont sollicités pour conduire des essais dans tout le département de l’Isère. C’est le début de l’expérimentation à grande échelle et l’origine des connaissances sur les variétés les mieux adaptées à la montagne. A la même époques, en plaine, les cultures prospèrent depuis plusieurs décennies déjà. Le fort développement de l’horticulture ornementale se traduit par la création de nombreux jardins d’ornement, les résidences de plaisance de la bourgeoisie locale sont décorées de topiaires, d’arbres fruitiers en espaliers et de cultures d’orangerie.

C’est le développement d’une véritable « riviera » caractéristique de la seconde moitié du 19ème siècle. Les variétés anciennes et locales étaient mieux adaptées à ces différents types de cultures car elles étaient déjà créées puis expérimentées dans leur contexte naturel. Adaptées à un type de sol, un climat et donc à une altitude précise, les retrouver représente aujourd’hui un enjeux qui nous paraît déterminant pour une agriculture plus résiliente ».

Le Parc, un outil au service de l’innovation et de l’expérimentation sur son territoire

Parmi les variétés d’origine locale et régionale, plus de 70 variétés ont déjà été retrouvées. Le Parc souhaite favoriser de nouveau leur expérimentation dans la région afin de permettre aux agriculteurs, mais aussi aux particuliers et aux consommateurs, la ré-appropriation d’un patrimoine biologique et culturel dont notre avenir pourrait dépendre !

Voici quelques pistes de valorisations envisagées à la suite de ce travail de recensement et d’enquêtes. Ces pistes recouvrent une multitude de domaines : prélever les variétés recensées sur le terrain, avec leur techniques, mettre en production chez un pépiniériste ces variétés anciennes puis encourager les particuliers à planter ces essences locales dans leur jardin, soutenir et encourager la transformation des variétés fruitières, développer de nouvelles recettes, s’inspirer des techniques anciennes de cultures pour développer des pratiques plus respectueuses de l’environnement, développer la production de semences, renforcer les projets autour de la vigne, …

Agriculteurs, jardiniers, restaurateurs, acteurs du patrimoine et du tourisme, membres d’associations ou habitants de Chartreuse possédant des connaissances sur les variétés locales ou tout simplement intéressés par la biodiversité agricole locale et ses valorisations, vous êtes invités à suivre cette aventure scientifique